HAS et dénutrition : le diagnostic repose sur deux critères, pas sur l’albumine seule

HAS et dénutrition : le diagnostic repose sur deux critères, pas sur l’albumine seuleHAS et dénutrition : le diagnostic repose sur deux critères, pas sur l’albumine seule

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) reposent sur un principe simple : la dénutrition ne se résume ni à un poids faible ni à une analyse sanguine. Le diagnostic associe des signes mesurables sur le corps et l’évolution du poids à une cause nutritionnelle ou médicale identifiable. Cette méthode permet de repérer la situation chez l’enfant, l’adulte et la personne de 70 ans et plus.

Comprendre ce que recouvre la dénutrition

La dénutrition correspond à un déséquilibre entre les besoins de l’organisme et les apports en énergie et en protéines. Lorsque ce déficit s’installe, le corps puise dans ses réserves. Le poids diminue, la masse musculaire fond et les capacités de récupération peuvent se dégrader. On parle aussi de dénutrition protéino-énergétique.

Calculer son IMC et sa perte de poids

Saisissez vos données pour obtenir deux indicateurs calculés à partir de formules publiques. Les résultats sont arrondis à une décimale.

Ex. : 68,5
Ex. : 172
Poids de référence avant la perte éventuelle
Permet d’afficher le repère IMC adapté à l’âge adulte

L’IMC est un indicateur général qui ne tient pas compte, notamment, de la composition corporelle, de certaines situations médicales ou de l’évolution dans le temps.

Elle peut apparaître après une maladie aiguë, dans le cadre d’une pathologie chronique ou cancéreuse, ou à la suite de troubles de la déglutition, de douleurs buccales, d’une dépression, d’un isolement ou d’une malabsorption digestive. Une personne peut donc être dénutrie avec un IMC normal, voire élevé. La perte de muscle peut être masquée par la masse grasse, des œdèmes ou une rétention d’eau.

La perte musculaire, un signal souvent sous-estimé

La balance ne suffit pas à évaluer l’état nutritionnel. Une baisse de force, une fatigue inhabituelle, des difficultés à se lever, à porter des objets ou à marcher peuvent traduire une atteinte musculaire. Cette sarcopénie augmente notamment le risque de chutes, de perte d’autonomie et de complications lors d’une hospitalisation. L’évaluation clinique peut inclure l’observation des muscles, la mesure du périmètre brachial et, selon la situation, l’analyse de la masse et de la fonction musculaires.

Le principe clé de la HAS : deux types de critères à réunir

Le diagnostic de dénutrition repose sur l’association d’au moins un critère phénotypique et d’au moins un critère étiologique. Le premier décrit les conséquences observables du déficit. Le second en recherche la cause. Cette distinction évite de conclure à partir d’un seul chiffre.

Type de critère Ce qui est recherché Exemples
Phénotypique La trace laissée sur le corps Perte de poids involontaire, IMC bas, diminution de la masse ou de la force musculaire
Étiologique La raison du déséquilibre nutritionnel Réduction des apports, malabsorption, maldigestion, inflammation ou hypercatabolisme lié à une maladie

Chez l’adulte, une perte de poids involontaire de 5 % en un mois ou de 10 % en six mois doit alerter. Une réduction des apports d’au moins 50 % pendant plus d’une semaine, ou toute réduction durant plus de deux semaines, constitue aussi un élément important de l’évaluation. Si le critère phénotypique persiste, le diagnostic reste pertinent même lorsque la cause initiale semble corrigée.

Pourquoi l’albuminémie ne suffit pas

L’albuminémie varie avec l’inflammation, l’état d’hydratation et certaines maladies hépatiques ou rénales. Elle ne permet donc pas, à elle seule, de diagnostiquer une dénutrition. Elle peut contribuer à apprécier la gravité dans un bilan médical, avec d’autres données comme la CRP, la NFS et l’examen clinique. L’interprétation d’un résultat isolé, sans tenir compte de la situation globale, expose à des erreurs.

Des repères adaptés à l’âge et à la trajectoire de poids

Les seuils ne s’interprètent pas de la même manière chez un enfant en croissance, un adulte ou une personne âgée. Le professionnel compare les mesures actuelles à l’évolution habituelle de la personne, à ses maladies et à ses apports réels.

Profil Repères phénotypiques à évaluer Points de vigilance
Adulte de moins de 70 ans Perte de poids, IMC inférieur à 18,5 kg/m², diminution musculaire Un IMC entre 17 et 18,5 kg/m² correspond à un repère de dénutrition modérée ; un IMC inférieur ou égal à 17 kg/m² signale une forme sévère.
Personne de 70 ans et plus Perte de poids, IMC inférieur à 22 kg/m², atteinte musculaire Un IMC inférieur à 20 kg/m², une perte d’au moins 10 % en un mois ou 15 % en six mois sont des critères de sévérité.
Enfant Évolution du poids et de l’IMC sur les courbes, cassure de la trajectoire, perte de poids Un décalage de couloirs sur les courbes exige une évaluation rapide ; une perte de poids supérieure à 10 % en un mois ou à 15 % en six mois évoque une forme sévère.

Après 70 ans, un dépistage annuel est recommandé, avec une fréquence accrue en cas de maladie, d’hospitalisation ou de changement des habitudes alimentaires. Chez l’enfant, la pesée et l’analyse des courbes à chaque visite permettent de repérer une rupture de croissance avant qu’elle ne soit évidente dans la vie quotidienne.

Dépister avant que les réserves ne s’épuisent

Le dépistage commence par des gestes simples : comparer le poids actuel au poids habituel, mesurer la taille pour calculer l’IMC, questionner les repas et rechercher les difficultés concrètes à manger. Chez la personne âgée, le questionnaire Mini Nutritional Assessment (MNA) peut aider à structurer cette première évaluation.

  • Demander si les portions ont diminué, si des repas sont sautés ou si l’appétit a changé.
  • Rechercher des nausées, des douleurs, des diarrhées, une constipation, des troubles de mastication ou de déglutition.
  • Examiner la bouche, les dents, les prothèses dentaires et l’état cutané.
  • Repérer une maladie inflammatoire, une chirurgie récente, un cancer ou une situation d’isolement.
  • Consigner régulièrement le poids, les apports et les symptômes dans le dossier médical ou un carnet de suivi.

Un repas partiellement laissé, une viande devenue difficile à mâcher ou un pantalon plus large peuvent sembler anodins. Leur répétition au fil des semaines apporte pourtant des informations utiles. Noter ces changements permet de reconstituer une chronologie et d’aider le médecin, le diététicien et l’entourage à évaluer la situation avant qu’une perte de poids importante ne s’installe.

Prendre en charge la dénutrition sans précipiter la renutrition

La prise en charge traite d’abord la cause : douleur, dépression, problème dentaire, trouble digestif, difficulté de déglutition, effet indésirable d’un traitement ou maladie sous-jacente. L’alimentation est adaptée en parallèle aux goûts, aux capacités et au rythme de la personne. Fractionner les repas, enrichir les plats avec des produits énergétiques et protéinés, modifier la texture ou prévoir une aide au repas peuvent augmenter les apports.

Compléments et nutrition médicale : une décision individualisée

Lorsque l’alimentation enrichie ne couvre pas les besoins, des compléments nutritionnels oraux peuvent être prescrits. Ils apportent généralement entre 400 et 1 000 kcal par jour et jusqu’à 80 g de protéines, selon les produits et l’objectif. Ils se prennent de préférence à distance des repas, au moins deux heures, pour ne pas diminuer l’appétit. Une nutrition entérale peut être envisagée dans les situations sévères ou lorsque l’alimentation orale reste insuffisante.

Chez une personne très dénutrie ou ayant jeûné longtemps, une reprise alimentaire trop rapide peut provoquer un syndrome de renutrition inappropriée, avec des troubles électrolytiques potentiellement graves. La renutrition doit alors être progressive et surveillée médicalement. Le poids, les apports, la tolérance, la force musculaire et l’évolution de la maladie doivent être réévalués à chaque consultation chez l’adulte, au minimum dans les trois mois, et au moins mensuellement chez l’enfant.